La confiance faite à l’avocat : ce qui relève de lui, ce que vous construisez

Podcast épisode 23 : La confiance faite à l'avocat, ce qui relève de lui, ce que vous construisez, par Sandrine Mercy
Podcast divorce & séparation : surmonter l'épreuve
La confiance faite à l'avocat : ce qui relève de lui, ce que vous construisez
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Travailler avec son avocat pendant un divorce désigne la répartition des rôles entre ce qui relève de son métier et ce qui relève de vous. L’avocat construit le dossier, négocie et défend vos intérêts à partir du droit. La mise en ordre des faits, la clarté de vos priorités et l’état dans lequel vous décidez vous appartiennent. L’épisode explique pourquoi l’envoi de tout, dans le désordre, dessert le dossier et propose une méthode en trois étapes : trier, dater, relier chaque fait à une pièce.

Pourquoi envoie-t-on tout à son avocat au début de la procédure ?

Au début d’une procédure, beaucoup de personnes transmettent tout à leur avocat : captures d’écran des messages de l’autre, longs courriels écrits tard le soir, souvenirs racontés au fil de la mémoire. Elles attendent ensuite qu’il trie, retienne chaque détail et leur dise où elles en sont.

Cette réaction est l’une des plus fréquentes. Lors d’une séparation, tout bouge en même temps : le logement, l’argent, la résidence des enfants, l’avenir. Dans ce paysage sans repère, l’avocat semble le seul à savoir où l’on va. Avec les faits, on lui transmet alors tout ce que l’on ne parvient pas à déposer ailleurs, parce que l’on a besoin d’être rassuré et de ne pas porter seul la colère ou l’incompréhension.

Qu’est-ce qui relève du métier de l’avocat et qu’est-ce qui relève de vous ?

L’avocat représente la personne qu’il défend, dans un divorce amiable comme devant le juge. Il rédige les actes, échange avec l’avocat de l’autre partie, rassemble les pièces et formule les demandes de la façon la plus solide possible au regard du droit. La confiance qui lui est faite est fondée.

D’autres éléments ne relèvent pas de son métier : l’état dans lequel vous arrivez au cabinet, le fait de savoir ce que vous voulez obtenir, l’ordre et la clarté des informations transmises, la façon dont vous tiendrez en audience face à votre ex. Personne ne s’en charge par défaut. Ils conditionnent pourtant la qualité de son travail, car un avocat ne construit qu’à partir de ce qu’il reçoit.

Pourquoi confondre ses griefs et ses priorités dessert-il le dossier ?

Une situation fréquente : un rendez-vous préparé pendant des jours autour de la liste de tout ce que l’autre a fait. Cette liste occupe toute la place, parce que ce qui a été vécu a besoin d’être reconnu comme injuste. Un dossier se construit pourtant à partir de faits, de besoins et de situations concrètes appuyées par des pièces ; l’avocat analyse ensuite comment ces éléments comptent dans la procédure.

Lorsque ce décalage n’est pas identifié, la personne ressort sans réponse à la question qui l’empêchait de dormir ; l’avocat n’a pas avancé. Une question aide à préparer chaque rendez-vous : qu’est-ce que je veux obtenir concrètement, qu’est-ce qui me permet de le montrer ?

Pourquoi raconter sa douleur encore et encore épuise-t-il ?

Une séparation mal accompagnée peut devenir un véritable traumatisme ; le besoin d’être entendu est profondément humain. Tourné vers l’avocat, ce besoin n’est jamais satisfait, car ce n’est pas son rôle d’y répondre. On raconte encore, pour ressortir plus fatigué ; ce temps est facturé.

Lorsque le stress dure, l’organisme se met en mode alerte : il gère l’urgence et laisse le long terme de côté. Ce fonctionnement n’a rien à voir avec le caractère ou la volonté. C’est pourtant dans cet état que l’on doit prendre des décisions qui compteront pendant des années.

Comment préparer ses faits pour son avocat ?

L’épisode compare deux situations. Dans la première, l’avocat reçoit un document de deux pages : les faits triés par thème, datés, en face du numéro de la pièce qui les prouve. Il peut se mettre au travail immédiatement. Dans la seconde, il reçoit douze messages, des captures et un long texte écrit dans la nuit, qu’il doit d’abord remettre en ordre, aux dépens des honoraires et des délais.

La méthode tient en trois étapes et ne demande aucune connaissance du droit. Trier : séparer ce qui s’est passé de ce que l’on a ressenti, puis regrouper les faits par thème (logement, enfants, argent, communication). Dater : une ligne et une date par fait. Relier chaque fait à une pièce numérotée, par exemple : « 3 février : salaire versé sur un compte personnel. Pièce 7 : relevé bancaire. » Le choix des pièces reste le travail de l’avocat.

Chaque rendez-vous peut se préparer de la même façon : ce que l’on souhaite obtenir, dans l’ordre de ses priorités ; les pièces correspondantes ; trois questions au plus restées sans réponse, par exemple la durée probable de la procédure ou les conséquences d’une décision sur ses finances.

Qui vous accompagne sur ce qui ne relève pas du droit ?

Entre le travail de l’avocat et ce dont une personne a besoin pour traverser son divorce, il existe un espace qui n’appartient à aucun professionnel par défaut : se préparer, savoir ce que l’on veut au-delà de la colère ou de la peur, comprendre ce qui se joue humainement dans une procédure, se stabiliser pour décider avec recul. C’est l’espace du coaching divorce, qui ne donne aucun conseil juridique et intervient en complément de l’avocat, jamais à sa place.

Ce que l’on retient

La confiance faite à un avocat qui pratique le droit de la famille est fondée : il construit le dossier, négocie et défend vos intérêts. Tout lui envoyer dans le désordre est une réaction compréhensible qui ralentit son travail et alourdit vos honoraires. Un dossier se construit à partir de faits et de besoins, plutôt qu’à partir de griefs. Trier, dater et relier chaque fait à une pièce numérotée donne à l’avocat une base de travail immédiate. La clarté de vos priorités et l’état dans lequel vous décidez constituent votre part du travail.

Questions fréquentes

J’envoie beaucoup de messages à mon avocat, est-ce un problème ?

Ce réflexe est très fréquent au début d’une procédure, quand tout bouge en même temps et que l’avocat semble le seul repère. Avant de pouvoir travailler, il doit pourtant tout lire et tout remettre en ordre ; ce temps vous est facturé. Regrouper vos éléments dans un document unique, trié par thème, daté et relié aux pièces, lui permet d’avancer plus vite.

J’ai l’impression que mon avocat ne m’écoute pas quand je lui raconte ce que j’ai vécu.

Ce sentiment se comprend : ce que vous avez vécu a besoin d’être reconnu. Votre avocat cherche, de son côté, les éléments utiles à votre dossier, c’est-à-dire des faits, des besoins et des pièces. Votre ressenti compte ; il a simplement besoin d’un autre espace pour s’exprimer. Préparer chaque rendez-vous autour de ce que vous voulez obtenir rend l’échange plus utile pour vous deux.

Comment préparer un rendez-vous avec mon avocat ?

Trois éléments suffisent : ce que vous souhaitez obtenir concrètement, dans l’ordre de vos priorités ; les pièces qui s’y rapportent ; les questions auxquelles vous n’avez pas de réponse, par exemple la durée probable de la procédure ou les conséquences d’une décision sur vos finances. Limiter le rendez-vous à trois questions permet d’en ressortir avec des réponses claires.

Je suis épuisé et je n’arrive plus à réfléchir à long terme, est-ce normal ?

Oui. Lorsque le stress dure, l’organisme passe en mode alerte : il gère l’urgence et met le long terme de côté. Cela n’a rien à voir avec votre intelligence ou votre volonté. Reconnaître cet état aide à ne pas prendre seul, dans la précipitation, des décisions qui engageront les années suivantes. Un médecin peut aussi vous accompagner si la fatigue s’installe.

Pour aller plus loin

L’autrice de l’épisode

Sandrine Mercy est coach divorce certifiée CDC®, première coach divorce certifiée en Europe francophone, coach parentale en situation de divorce, conférencière et autrice. Elle a fondé les Journées du Divorce et de la Séparation.

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